O_ Manuel
du savoir-mourir
CABINET DE CURIOSITE(S)

André Ruellan _
Dessins paniques de Topor

Prix de l'Humour noir 1963

1e édition 1963     3e édition 2007
128 pages     16x16     15 Euros
ISBN 978-2-7058-0450-3
EAN 9782705804503

Après tous les manuels de savoir-vivre, il fallait bien un manuel du savoir-mourir ! Cet ouvrage venu combler cette lacune en 1963 (date de la 1eédition) présente sous une forme pédagogique dans la tradition de l’école communale, un enseignement macabre à l’humour léger ou grinçant. De même qu’il existe des règles sociales destinées à favoriser les contacts entre les individus, l’auteur feint de considérer que des règles analogues doivent régir le comportement de tous ceux qui approchent de la mort. Il va plus loin, et présente l’ensemble des défunts comme une population soumise aux mêmes obligations, aussi bien entre eux qu’à l’égard des vivants. Cela donne parfois de curieux résultats.

Entendons-nous bien : apprendre le savoir-vivre n'est pas apprendre à vivre. A l'inverse, les stoïciens enseignent comment vivre à partir de l'acceptation de la mort... mais le savoir-mourir ne leur importe pas plus que le savoir-vivre.

Comment se préparer à la mort ? Quelles sont les formes d'agonie qu'un galant homme ne saurait tolérer ? A quelles règles un cadavre doit-il se plier pour ne pas tomber dans la trivialité ? Y a-t-il des au-delà plus rentables que d'autres, et doit-on choisir son au-delà pendant qu'il en est temps encore ? Peut-on espérer une amélioration des rapports entre morts et vivants ?
A travers ces questions, qui se situent à mi-chemin entre Sénèque et la chanson de salle de garde, André Ruellan montre que l'on peut passer de l'amphithéâtre de dissection au cours de philosophie sans tomber en route dans le sérieux et sans craindre un certain scandale.
Scandale inévitable à chaque fois qu'on traite un sujet tabou, ou bien qu'on se conduit d'une manière irrespectueuse envers un problème habituellement considéréavec une gravité pleine de crainte.
Mais il n'y a pas ici de sacrilège, car si parfois l'audace du texte donne un haut-le-corps, l'ensemble de l'ouvrage, par son existence même, consolide l'optimisme du lecteur ou entame son pessimisme : considérer les morts comme une sorte particulière de vivants n'appartient pas au désespoir.

Le Manuel ne serait-il qu'une réponse à la citation de Bossuet mise en exergue "Les mortels n'ont pas moins de soin d'ensevelir les pensées de la mort que d'enterrer les morts mêmes!", et qui attire l'attention sur la conspiration du silence dont les hommes entourent le problème de la mort, cela suffirait pour le considérer comme une contribution à la lucidité, ce qui n'est pas négligeable.

Présentation
Se compose de 9 leçons répondant à un plan uniforme : leçon proprement dite, résumé, proverbe à méditer, lecture. La leçon contient des règles et des exemples ; le résumé en fixe les lignes générales, le proverbe en donne une illustration bizarre. Quant aux lectures, elles suivent de leçon en leçon, finissant par former un tout, dont l’extravagance reste cohérente. Cette cohérence se retrouve dans la surprenante unité d’expression qui existe entre l’auteur et l’illustrateur, lequel ne se contente pas de simples paraphrases en images, mais crée de son côté et aboutit par un chemin personnel au même but que l’auteur. En bref, il s’agit d’une suite de conférences avec projections, dont le sujet perd son caractère sinistre à force d’être bafoué.

À lire avec les lunettes de l’humour noir.

André Ruellan. Après avoir pratiqué la médecine pendant une douzaine d'années, se consacre à:
La littérature: 40 romans orientés vers le Fantastique et la Science-Fiction, la plupart sous le pseudonyme de Kurt Steiner. Invité par André Breton à entrer dans le groupe Surréaliste, il participe ensuite au mouvement Panique.
Le cinéma: scénarios dialogués, dont Le Distrait avec Pierre Richard, et Les Chiens avec Alain Jessua.
Roland Topor. (1938-1997) L'un des fondateurs en France et au Mexique du Groupe Panique. Derrière l'humour macabre, il applique le propos d'Eluard : il donne à voir.

Comm@nder