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Après
tous les manuels de savoir-vivre, il fallait bien un manuel du savoir-mourir !
Cet ouvrage venu combler cette lacune en 1963 (date de la 1eédition)
présente sous une forme pédagogique dans la tradition
de lécole communale, un enseignement macabre à
lhumour léger ou grinçant. De même quil
existe des règles sociales destinées à favoriser
les contacts entre les individus, lauteur feint de considérer
que des règles analogues doivent régir le comportement
de tous ceux qui approchent de la mort. Il va plus loin, et présente
lensemble des défunts comme une population soumise aux
mêmes obligations, aussi bien entre eux quà légard
des vivants. Cela donne parfois de curieux résultats.
Entendons-nous bien : apprendre le savoir-vivre n'est pas apprendre
à vivre. A l'inverse, les stoïciens enseignent comment
vivre à partir de l'acceptation de la mort... mais le savoir-mourir
ne leur importe pas plus que le savoir-vivre.
Comment se préparer à la mort ? Quelles sont les formes
d'agonie qu'un galant homme ne saurait tolérer ? A quelles
règles un cadavre doit-il se plier pour ne pas tomber dans
la trivialité ? Y a-t-il des au-delà plus rentables
que d'autres, et doit-on choisir son au-delà pendant qu'il
en est temps encore ? Peut-on espérer une amélioration
des rapports entre morts et vivants ?
A travers ces questions, qui se situent à mi-chemin entre Sénèque
et la chanson de salle de garde, André Ruellan
montre que l'on peut passer de l'amphithéâtre de dissection
au cours de philosophie sans tomber en route dans le sérieux
et sans craindre un certain scandale.
Scandale inévitable à chaque fois qu'on traite
un sujet tabou, ou bien qu'on se conduit d'une manière irrespectueuse
envers un problème habituellement considéréavec
une gravité pleine de crainte.
Mais il n'y a pas ici de sacrilège, car si parfois l'audace
du texte donne un haut-le-corps, l'ensemble de l'ouvrage, par son
existence même, consolide l'optimisme du lecteur ou entame son
pessimisme : considérer les morts comme une sorte particulière
de vivants n'appartient pas au désespoir.
Le Manuel ne serait-il qu'une réponse
à la citation de Bossuet mise en exergue "Les mortels
n'ont pas moins de soin d'ensevelir les pensées de la mort
que d'enterrer les morts mêmes!", et qui attire l'attention
sur la conspiration du silence dont les hommes entourent le problème
de la mort, cela suffirait pour le considérer comme une contribution
à la lucidité, ce qui n'est pas négligeable.
Présentation
Se compose de 9 leçons répondant à un plan uniforme :
leçon proprement dite, résumé, proverbe à
méditer, lecture. La leçon contient des règles
et des exemples ; le résumé en fixe les lignes
générales, le proverbe en donne une illustration bizarre.
Quant aux lectures, elles suivent de leçon en leçon,
finissant par former un tout, dont lextravagance reste cohérente.
Cette cohérence se retrouve dans la surprenante unité
dexpression qui existe entre lauteur et lillustrateur,
lequel ne se contente pas de simples paraphrases en images, mais crée
de son côté et aboutit par un chemin personnel au même
but que lauteur. En bref, il sagit dune suite de
conférences avec projections, dont le sujet perd son caractère
sinistre à force dêtre bafoué.
À
lire avec les lunettes de lhumour noir.
André
Ruellan. Après avoir pratiqué la médecine
pendant une douzaine d'années, se consacre à:
La littérature: 40 romans orientés vers le Fantastique
et la Science-Fiction, la plupart sous le pseudonyme de Kurt Steiner.
Invité par André Breton à entrer dans le groupe
Surréaliste, il participe ensuite au mouvement Panique.
Le cinéma: scénarios dialogués, dont Le Distrait
avec Pierre Richard, et Les Chiens avec Alain Jessua.
Roland Topor. (1938-1997) L'un des fondateurs en France et
au Mexique du Groupe Panique. Derrière l'humour macabre, il
applique le propos d'Eluard : il donne à voir.
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